Princesse Robert, cris et chuchotements

Princesse Robert, une voix dans un écrin de cristal fêlé. A y regarder de plus près, on aperçoit une cicatrice. Une cicatrice sublimée, habillée de lyrisme et de sophistication. Sa voix est comme un cri qui aurait trop peur de déranger, un chuchotement plaintif. Ses paroles sont cueillies dans le jardin de ses blessures. Elle les offre sans peur. Comment pourrait-elle avoir peur ? Toute blessure de plus serait une libération.

Quel est le plus beau compliment qu’on vous ait fait ?
Le plus beau compliment qu’on puisse me faire, c’est que je me sente aimée ! Oui, qu’on me dise « je t’aime ». Je suis toujours surprise qu’on puisse m’aimer ou penser du bien de moi car, moi, je n’y arrive pas.

Vous ne vous sentez pas digne de cet amour ?
Il faut croire que non !

Qu’est-ce qui vous a le plus blessée ?
Qu’on me dise que je cherche à rivaliser avec la chanteuse qui vend le plus de disques en France. Je n’ai absolument pas l’esprit de compétition, je ne l’ai jamais eu… pas même quand je faisais de la danse.
J’ai également été blessée par le fait qu’Amélie Nothomb évoque ma vie dans Robert des Noms Propres. Ce n’est pas tant qu’ on raconte mon histoire qui m’a blessée mais le fait que personne ne sache de qui s’agit-il, ni même si cette personne est vivante. Je me suis sentie dépossédée.

Avez-vous des désirs d’écriture autres que la chanson ?
Du désir, oui. Je me dis quelquefois que ça me permettrait de pleurer plus longtemps. 2 mn30 pour pleurer, ce n’est pas assez. Cela dit, je ne suis pas sûre d’avoir envie de pleurer pendant des jours.

Vous aimez les univers enchanteurs avec princes, fées et lutins. Vous sentez-vous porte-parole d’une génération enchantée ?
Je ne me sens porte-parole de personne ! Ni enchantée, ni désenchantée. Il y a une idée de pouvoir dans le fait d’être porte-parole que je refuse. J’ai déjà assez de mal avec ma propre fragilité.

Ce sont en général les personnes qui se sentent le plus fragiles qui résistent le mieux aux bourrasques
Disons que je connais ma fragilité et ça, c’est une force.

Avec Le prince bleu, vous entretenez le mythe du prince charmant. Ne trouvez pas qu’il a fait assez de dégâts comme ça ?
Ce n’est pas le Prince charmant qui fait des dégâts, mais son absence. Si on n’attendait pas d’être nourrie par le prince charmant, ça ne devrait pas faire de dégâts. Au contraire !

Dans certaines chansons comme « Triste et Sale » et « Malchanceuse », le besoin de l’autre est constant. Un état de victime soigneusement entretenu qui contraste avec les contes de fées, non ?
Le besoin de l’autre, c’est le besoin qu’a l’enfant de ses parents. Peut-être ne me suis-je pas sentie assez belle dans les yeux de mes parents… Je porte en moi des cicatrices que j’ai su accepter. Je pense que c’est une erreur de vouloir tout soigner. La psychanalyse permet tout au plus de faire un état des lieux et ne propose pas de solutions... Mes émotions passent dans mes chansons et quand, sur scène, je vois le public pleurer, je suis trucidée. Il ne faut pas croire que je me complais dans le malheur. Je suis attachée au bonheur. Je ne le refuse pas. Les moments où il a traversé ma vie m’ont permis de prendre conscience à quel point j’y suis attachée. Et puis les contes de fées ne sont pas si éloignés que ça de la réalité, ils sont même assez durs avec des histoires de crimes et d’empoisonnement… Ce n’est pas ce qui manque ni dans ma vie, ni autour de moi…
Ce besoin criant d’amour alors que vous en êtes abreuvée par vos proches et votre public, comment l’expliquez-vous ?
Je ne sais pas, c’est comme une hémorragie. Il y a sûrement une veine ouverte. Il faut perfuser sans cesse. Je suis bien entendu touchée par l’amour que je reçois et je pense en donner en retour. Je suis quelqu’un de très aimant, très attentionné. Je suis immanquablement attirée par les personnes qui ont besoin de soins et d’attention, comme les enfants ou les personnes âgées. Je voudrais tout leur donner…être pour eux plus qu’une infirmière.
Vous vous sentez amputée ?
Oui, c’est le mot, amputée de quelque chose d’important, d’indispensable. Je ne sais pas ce que c’est, je crois même que j’ai peur de savoir !
Que demanderiez-vous à une fée qui vous propose de réaliser trois vœux ?
Qu’elle me permette de m’endormir, de faire de beaux rêves et que jamais je ne me réveille. Oui, je lui demanderais de réécrire l’histoire de La Belle au bois dormant et qu’elle s’abstienne cette fois de la réveiller !
Interview réalisée par Vicky Jaime

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