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La Fidélite : ça n'arrive pas qu'aux autres !


La Fidélité : Respect des us sages et paix des ménages

Par Valérie Dubach
Certainement, la fidélité conjugale est une oeuvre. Je suis célibataire, donc passée maître dans cette réflexion.
Faisant pourtant partie de ces petites choses à la portée de tout un chacun, de concert avec la solidarité anonyme, appliquée à ne pas faire perdre un maillage au grand filet, la fidélité est construction. Le son de ces petits verrouillages, y compris quand le tour de clé est exécuté dans le sens inverse, est sans doute la musique la plus rassurante que nous fournit notre structure sociale (disons-le). Cela reste néanmoins une clé dans une serrure et sans le mouvement, ou même sans que parfois on s’amuse à retirer la clé pour la remettre, on n’aurait pas ce petit miracle de lumière à travers le trou, ce jour qui nous fait approcher l’œil. Tout comme une porte ouverte n’appellerait pas les joies du bélier, enlevez la serrure à votre porte et vous perdrez toute chance d’accéder au fin du fin.
L’aliénation volontaire ne peut pas se passer d’artifice. Elle est l’élan dans le temps, dans l’histoire pour ceux qui sont soucieux de biographie, de sens là où il n’y en a pas. Tandis que d’autres parleront de complicité, de sentiment, d’amour, les fidèles se draperont de la terre de leurs chemins, feront corps avec leur destinée pour faciliter la narration de leurs exploits. On vantera la continuité du parcours comme si c’était le plus hasardeux, le plus difficile. Fierté de ne pas passer du coq à l’âne, de ne pas chasser la proie pour l’ombre, de savoir se contenter d’un tien vaut mieux que deux tu l’auras.
Alors, la fidélité c’est explorer l’infiniment petit pour ceux qui ont plus d’articulations que les autres, d’aptitudes à se plier. C’est un contrat de contenant et de contenu qui s’aménage. En faisant marcher comme il faut les vases communicants on vise le mouvement perpétuel. C’est un petit travail d’alchimiste, intégrant savamment l’égrènement du temps, proposé aux jeunes couples, une épreuve jour après jour. Certains échoueront, n’auront pas le tampon. Il se pourrait bien qu’ils ne soient plus alors reconnus parmi les adultes, les excellents, car les banques suspendront leurs crédits, les amis retireront leurs cadeaux, le bas sera filé, irrémédiablement. Il ne restera que le stoppage, au moins limiter les dégâts avec un point de colle, ou de vernis à ongle. C’est presque plus beau après, les anticorps auront afflué en masse pour permettre la coagulation et chantent les louanges cette fois avec beaucoup de tact. Comme les vaches sont bien gardées.
La fidélité c’est quand on a péché, mais qu’on garde un peu de pureté quand même, à genoux avec des fleurs.
FI-DE-LI-TE : quatre murs qui nous protégeaient et qu’on voudrait bien réintégrer.
Ce sont quand même des murs, entre lesquels un talent d’ameublement peut être mis à profit. Je suis un imbécile, je suis assez moche, je n’ai aucun humour, je suis en un mot une brouette, mais je suis fidèle. Je dis ça en levant très haut l’index au cas où il s’enclencherait quelque part.
La fidélité qui ne requiert pas de talent particulier est à ma portée, victoire sur ma bestiale incontinence, sur l’écoute pathologique de mes propres penchants, sur ce défaut bibliquement condamné qu’est ma curiosité, sur ma tentation trop humaine de tricher au jeu.
Car la fidélité c’est jouer le jeu jusqu’aux célèbres concessions du vieux couple. Une certaine dose de masochisme est bienvenue et bientôt jouissive : un mitage érigé en dentelles, on veut des détails! Au pire, cette fausse bonne action tissée d’abstention sera citoyenne. Car si elle ne garantit pas le bonheur, elle est le ciment supposé de la paix sociale. Le problème, c’est que quand il s’agit de colle, le pot de colle n’est jamais loin.
Pourquoi n’avons-nous pas parlé de l’infidélité? Parce que ce n’est vraiment pas beau. L’infidélité : un pet qui déménage!

Vous et la fidélité : Témoignages

Des nombreux témoignages que vous nous avez adressés, il ressort que l’ennemi à abattre est le téléphone portable ! S’il permet de ne pas être localisée, il n’en est pas moins un grand mouchard: les factures détaillées que votre compagne découvre, les textos que vous avez gardés parce que vous êtes tellement sentimentale… Mais le top du top reste quand même le texto-déclaration d’amour envoyé à votre campagne alors qu’il est destiné à votre maîtresse. Bref, à la rédaction, on a bien rigolé !

Christine, 30 ans : "tout est question d'organisation"
J’ai 30 ans et j’ai toujours vécu des histoires parallèles à ma vie de couple. Je me suis organisée pour pouvoir être infidèle : un boulot avec beaucoup de déplacements et une meilleure amie, Marie, toujours prête à corroborer mes versions. Sandrine est ma copine, elle habite avec moi depuis 3 ans. Quand j’ai envie de sortir en boîte ou de passer une nuit avec une conquête, je prétexte un déplacement ou un saut chez Marie.
En juin dernier, j’étais à la maison avec Sandrine. Mon anniversaire étant en août, elle a décidé d’appeler mes copines pour me préparer une surprise. Elle m’a donc dérobé mon téléphone pendant que j’étais vautrée devant L Word. L’idée était de joindre mes amies sans que je le sache. Elle passe quelques coups de fil et décide qu’elle va mettre Marie dans la confidence. Elle l’appelle pour lui donner les détails de la soirée. Marie, surprise d’entendre Sandrine, a pensé que j’étais dans une de mes escapades et que j’avais oublié de la prévenir. Paniquée, elle lui dit sans que Sandrine ne lui demande rien : « Euh... tu veux parler à ta copine, euh... elle est dans la salle de bain, elle prend un bain, je lui dis de te rappeler » Interloquée, Sandrine lui demande de quoi elle parle, Marie insiste : « écoute, Chris est dans la baignoire, je ne veux pas la déranger, t’as qu’à rappeler plus tard.. » Elle lui raccroche au nez et décroche son téléphone pour pas qu’elle puisse la joindre à nouveau. Sandrine se pointe devant moi, blanche comme un linge et me dit : « on peut savoir ce que tu fous dans la baignoire de Marie et sur le sofa ici en même temps?» Cueillie, je reste silencieuse. Elle me raconte ce qui venait de se passer et me dit que visiblement Marie tentait de me couvrir car elle croyait qu’elle me cherchait… Il se passait donc des trucs bizarres. Elle a menacé de se pointer chez Marie si je ne lui disais pas toute la vérité. Evidemment, j’ai fini par tout lui balancer… enfin presque ! Car je lui ai fait croire que ce n’était arrivé qu’une fois que je la trompe et j’avais demandé à Marie de me couvrir. Elle a rompu le soir-même. J’ai toujours cru qu’elle reviendrait, ça fait sept mois maintenant !

Ludivine ; La Saint Valentin , c'est sacré !
Il s’en est fallu de peu pour que notre couple ne fête jamais son cinquième anniversaire. L’année dernière, j’ai rencontré à une conférence une fille qui me branchait bien. Je n’avais pas spécialement l’intention de la draguer car étant en couple, je ne voyais pas comment je pourrais lui consacrer du temps. Elle me faisait ouvertement du rentre-dedans mais j’évitais d’alimenter son jeu. Quand elle m’a dit qu’elle aussi était en couple, j’étais scotchée de voir à quel point ça ne la gênait pas pour draguer ouvertement. Peu à peu, j’ai réalisé toutes les perspectives qui s’offraient à nous : étant toutes les deux en couple, entretenir une relation ne présenterait aucun danger puisque chacune protégerait l’autre. En plus, ça partait pour être une relation sexuelle qui nous ferait du bien et qui ne nuirait pas à nos copines… bien au contraire !
Je sortais avec ma maîtresse depuis deux mois … et puis voilà la St Valentin. L’occasion de roucouler un bon coup... Evidemment, j’avais acheté un cadeau différent à chacune: un ensemble de lingerie pour ma maîtresse et un parfum pour ma compagne. Je choisis de les emballer dans deux jolies boîtes identiques mais dans des papiers cadeaux de couleurs différentes pour bien les distinguer. J’ai déposé le paquet contenant la lingerie à la réception du complexe de gym où travaillait ma maîtresse et suis partie avec ce que je croyais être le parfum rejoindre ma femme pour un sympathique dîner de Saint Valentin.
A l’heure des cadeaux, elle m’offre ma Swatch habituelle et nécessaire à ma collection et je lui tends son paquet. Elle ouvre et pan : le désastre ! C’était la lingerie. J’étais affolée et tremblais de la tête aux pieds… Comment ai-je pu inverser ? J’ai fait très attention en les emballant dans des papiers différents ! Ma compagne souriait et avait le regard qui brillait à l’idée de cette lingerie tellement inhabituelle, tellement rouge. Je lui suggérai néanmoins d’aller l’essayer dans la salle de bain, le temps pour moi de récupérer le petit mot glissé dans la boîte à l’intention de l’autre. Elle hésite un instant et me dit : « C’est marrant, c’est pas du tout ma taille de soutif… Je ne le crois pas, c’est un 80 bonnet A ! Tu sais bien que je fais un 90 C !» Comme je ne lui avais pas offert de lingerie depuis un bon bout de temps, j’ai prétexté que j’avais oublié ses mensurations mais quand même, elle n’y croyait guère. J’ai essayé de rattraper le coup en lui disant que c’est sûrement la vendeuse qui s’est trompée mais mon trouble était plus que visible, je bégayais et étais plus rouge que le soutif. Elle est restée silencieuse pendant d’interminables minutes, elle a plongé sa main dans la boîte et en a extirpé le mot maudit. La messe était dite.
J’ai mis un terme à ma relation extra-conjugale. Il a fallu du temps avant que ma compagne accepte de revenir avec moi. Je sais que tout le monde dit ça, mais ça m’a permis de réaliser à quel point je tenais à elle.

Fidélité ; ne subissez plus. Agissez !

Naît-on ou devient-on fidèle ?
Vous attaquez fort ! Votre question me surprend autant que si vous m’aviez demandé : « naît-on homosexuel ou le devient-on ?». Pour autant, elle n’est pas dénuée d‘intérêt puisqu’elle suggère que la fidélité -ou l’infidélité- pourrait être naturelle. Il faudrait avant tout définir de quelle fidélité on parle ? La fidélité dans le couple qui va bien ou dans celui où le désir a battu en retraite ? J’imagine que, chacun dans son camp, trouverait les arguments nécessaires pour exploser le cadre qui l’enserre. Cette question ne saurait donc être abordée d’une façon morale. Elle ne peut être traitée qu’en se recentrant sur l’individu.
La fidélité est néanmoins considérée comme une valeur positive. Celles qui s’en écartent doivent ferrailler avec une culpabilité et une pression constantes.
Il faut bien distinguer la monogamie de la fidélité. La première peut être une simple forme de paresse alors que la deuxième requiert une volonté farouche de ne pas céder à la loi des hormones pour préserver une relation précieuse.
La question essentielle à mon sens est à ramener au niveau de l’individu : ce qui doit prévaloir, c’est ce qui lui permet de se sentir en harmonie avec lui-même. La pression sociale - ou morale - cesse d’avoir une prise sur nous dès lors que nos choix sont conscients. Vient ensuite la question des moyens qui vont permettre cette harmonie et c’est là le rôle du thérapeute, à savoir: minimiser les souffrances. Vous savez, parmi les personnes qui me consultent sur cette question, il y a autant de « trompeurs» que de « trompés ».
Justement, assimiler une escapade à une tromperie ne contribue t-il pas à ce que l’infidélité soit perçue comme une ignominie ?
On pourrait discuter de la légitimité du désir d’exclusivité, mais cela nous éloigne de notre sujet. Ma priorité étant de soulager, je propose non pas la guérison mais la réduction des risques.
Pour qui ?
Pour les deux ! Vous savez, une personne dont la partenaire est infidèle n’est pas condamnée à la passivité. Elle peut agir sur elle-même en se protégeant. Pour cela, il lui faut admettre que le comportement de l’autre n’est pas un désaveu pour elle mais quelque chose qui concerne l’autre. En d’autres termes, on ne vous trompe pas parce que vous n’êtes pas à la hauteur mais parce qu’on a des choses à régler avec soi. Ce qui nous appartient par contre, c’est de nous protéger de la souffrance et il n’est pas rare de voir que lorsque une personne arrête de souffrir des infidélités de l’autre, cette infidélité cesse.
Mais l’infidèle peut également souffrir, non ?
Bien sûr ! Quand une personne a besoin de plusieurs relations pour se sentir mieux, l’estime de soi est souvent à son plus bas niveau. La peur de l’engagement, la crainte de ne pas pouvoir être à la hauteur induisent souvent ce comportement. La course effrénée vers son image dans le miroir est souvent la résultante d’une quête de soi douloureuse. Je ne vous apprends rien si je vous dis : on ne fait souffrir que pour tenter de soulager sa propre souffrance.
Est-il possible de changer alors ?
Le besoin constant de séduction n’est pas une fatalité, il peut être endigué. Il faut pour cela restaurer la confiance en soi. Sans cette donnée basique et ô combien précieuse, il est impossible de connaître l’harmonie dans les relations qu’elles soient amoureuses, amicales ou familiales.

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